Jamyang Kyi lors d'une conférence à Xining (Qinghai) en septembre 2007 (photo Laozangmin)
Cette femme s'appelle Jamyang Kyi. Elle est présentatrice sur Qinghai TV, chanteuse populaire, et bloggueuse féministe. Le 1e avril, en pleine
crise tibétaine, on l'a vue sortir de son lieu de travail, escortée par deux policiers en civil. Son bureau et son domicile ont été fouillés, ses documents et son ordinateur confisqués. On ne l'a
toujours pas revue depuis et l'absence de nouvelles. Pourtant, Jamyang Kyi ne semble pas être une violente sécessioniste et n'a apparemment aucun rapport avec les émeutes de mars dernier.
Cette mère de deux enfants est une intellectuelle native de l'Amdo qui souhaite repenser les structures de la société tibétaine pour
la moderniser. Elle a beaucoup écrit sur la situation des femmes, endénonçant notamment le trafic humain et les mariages
forcés.Inspirée par le Deuxième sexe de Simone de Beauvoir,
elleinsiste sur la nécessité d'une "révolution des esprits". Ses textes étaient publiés sur son blog, ce qui lui permettait de toucher
les jeunes tibétains qui, habitués aux nouvelles technologies, ne l'auraient pu l'être autrement.
Bien qu'elle soit laïc, Jamyang Kyi n'en est pas moins attachée à la culture tibétaine. Mais celle-ci ne doit pas rester figée dans
le temps et continuer à être réinventée. Ainsi, en composant ses morceaux, la chanteuse n'hésite pas à mélanger pop et musique traditionnelle. Sa popularité s'étend aux communautés tibétaines
basées à l'étranger. En 2006, elle s'est produite enconcert
à New-York aux côtés de plusieurs artistes exilés, profitant également de cette occasion pour donner une série de conférences dans quelques universités. Un voyage qui lui a peut-être valu
cette disparition forcée...