Mardi 12 février 2008
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La bande dessinée chinoise trouve donc ses origines dans un passé lointain et cela prouve que, durant la très longue histoire de la civilisation chinoise, souvent
présentée comme la civilisation de l’écrit par excellence, l’image avait elle aussi un rôle important, que ce soit dans la propagation de certaines idées ou comme un simple support narratif. Vers
la fin du XIXe siècle, les progrès techniques dans le domaine de l’impression permettent à l’image d’investir peu à peu, et avec succès, le monde journalistique. C’est à partir de celui-ci que se
développera la bande dessinée, par l’intermédiaire de nombreuses gravures satiriques qui laissent déjà entrevoir la redoutable efficacité de ces dessins dans la transmission de messages
politiques, et par la parution des premières planches de dessin des futurs dessinateurs de ce qui deviendra, peu de temps après, les linhuanhua.
Ces derniers donnent naissance à une "littérature de l’image" en adaptant tout d’abord les plus grandes œuvres littéraires, elle devient dès lors un élément fondamental au sein des pratiques
culturelles, en particulier chez les enfants et les classes défavorisées qui, étant donné le très fort taux d’analphabétisme à l’époque, n’y avaient pas accès directement. Cependant, avec le
tournant des années 30, les lianhuanhua (même si les références aux œuvres littéraires demeurent une constante de leur histoire) se constituent progressivement en genre
autonome. Cet élan sera soutenu par les communistes, même s’il s’agit bien sûr d’en faire usage à des fins de propagande. Toutefois, cela n’exclut pas, hormis durant la Révolution culturelle, la
parution d’œuvres n’ayant qu’un rapport plus ou moins lointain avec les thèmes imposés par le parti.
Étant donné la popularité immense des formes "traditionnelles" de lianhuanhua, il est assez difficile de comprendre pourquoi (même si j'ai essayé d’y apporter quelques éléments
de réponses) la bande dessinée chinoise sous ses formes les plus modernes est aujourd’hui aussi marginale en Chine alors qu’elle semble conquérir progressivement, par le biais de publications à
l’étranger, la place que nous considérons lui revenir de droit sur le marché international de la BD. Alors quand la Chine
saura-t-elle reconnaître et apprécier le réel talent de cette nouvelle génération d’artistes, leur permettant ainsi d’acquérir une renommée méritée au sein de leur propre pays ?
Table des matières
Bibliographie
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Boissier, J.-L., Destenay, P., Piques, M.-C. (coll.), Bandes dessinées chinoises, co-édition Université
Paris VIII et Centre national d'art et de culture Georges-Pompidou, Paris, 1982.
-
Li Xu (李旭), Manyou Dahua Ji,
Huayu Dongman Shengdian (漫友大画集, 华语动漫盛典), Heilongjiang Meishu Chubanshe (黑龙江美术出版社), Harbin, 2005.
-
Marmmonier, C., « Les bandes dessinées chinoises » in Arts Graphiques Magazine, nº17, 1991, p.15 -
p.17.
-
Wong, W., Hong Kong Comics: A History of Manhua, Princeton Architectural Press, 2001, New York.
Ressources Internet
Blogs à consulter
Par nico-wong
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Le manhua en République
populaire
En Chine continentale, le manhua fait son entrée dans les rayons au début des années 90 et le succès est tel que de nombreuses maisons d’éditions se lancent dans la traduction
de titres japonais. Néanmoins, peu d’entre elles s’engagent dans cette industrie dans le respect des droits d’auteur et le gouvernement chinois se voit contraint de réagir. C’est dans ce contexte
que les premiers magazines consacrés au manhua doivent cesser leur parution. Dans le même temps, afin d’éviter que le marché de la bande dessinée ne soit monopolisé par les
titres japonais, l’État crée en 1995 l’Industrie nationale des dessins animés pour enfants (dite Industrie 5155) qui publie aujourd’hui de nombreux magazines de bandes dessinés et subventionne
des artistes locaux.
Xue Yue, l'un des premiers manhua en République
populaire
La création reste néanmoins entravée par une censure qui s’exerce à travers les maisons d’édition. La
production de bandes dessinées n’en reste pas moins abondante et les compétitions de l’Association des arts de la Chine viennent régulièrement stimuler la créativité des auteurs. L’accent y est
souvent mis sur le graphisme, la majorité des artistes ayant suivi un enseignement académique et rigoureux dans le dessin. Mais, sans doute par manque d’expérience, ces artistes manquent
généralement de maîtrise narrative et c’est pourquoi beaucoup d’ouvrages sont constitués de plusieurs histoires courtes. Les influences sont diverses et vont des comics
américains à la BD franco-belge. Beaucoup, toutefois, se contentent d’imiter le style du manga japonais même si certains le font avec talent. C’est le cas de Yan
Kai qui, dans Xue Yue (雪椰), relate les aventures d’une jeune fille qui voyage dans le temps et revient en 1994 pour tenter de sauver
la Terre d’un futur apocalyptique.
Remember de Benjamin
Plus récemment, des jeunes auteurs comme Benjamin, de
son vrai nom Zhang Bin , tentent de développer un style personnel. Ce prodige de la BD chinoise a la particularité d’exécuter ses planches sur ordinateur à l’aide d’une palette
graphique et d’un logiciel de retouches d’images, une technique jusqu’alors inédite. Cela lui permet de reproduire la touche de l’aquarelle et de développer un trait très réaliste tout en jouant avec des effets de flou autour d'un détail plus précis, donnant ainsi un côté onirique à ses illustrations. Ses histoires traitent du
mal-être de la jeunesse chinoise, de l’angoisse, ou encore de la solitude dans des scénarios qui sentent le vécu personnel. À titre d’exemple, la première des deux histoires que contient
Remember (记得), publié en 2004, raconte les espoirs et les déboires de jeunes dessinateurs de BD qui, voulant percer dans le milieu, sont
tiraillés entre leur désir de s’exprimer et l’obligation de se soumettre aux exigences des éditeurs. Benjamin illustre ainsi un dilemme auquel sont sans doute confrontés bon nombre
d’artistes chinois aujourd’hui : vivre de son talent sans pour autant trahir son art.
Ruan Yunting, alias Rain, avec ses couleurs pastel douces et
délicates, fait aussi partie des auteurs contemporains qui se démarquent par l’originalité de leurs graphismes. Elle met en scène, dans Silent Rainbow (空色彩虹 - voir couverture), un
véritable conte urbain constitué d’une constellation d’histoires courtes gravitant autour de douze personnages aux destins différents qui, au final, sont tous liés les uns aux autres. Dans
My Way (我的路), le style de Jidi (寂地) se fait remarquer à travers cette œuvre
destinée à un public féminin qui traite des thèmes de l'amour et du bonheur. Weng Ziyang
(翁子杨), quant à lui, est le représentant chinois d’un surréalisme à la Louis Royo, il trouve son inspiration
dans la littérature classique comme le prouve son album Les nouveaux héros des Trois Royaumes (新三国无双). Le jeune Huang Jiawei explore, pour sa part, l’univers de la science-fiction dans des ouvrages tels que
Yasan (伢三) dans lequel il décrit, à l’aide de dessins sophistiqués réalisés au
crayon à papier, un monde emprunt de noirceur où le héros éponyme mène l’enquête sur une mystérieuse maladie qui ravage son village.
Extrait de Yasan
Malgré le talent irréfutable de ces artistes qui constituent l’avant-garde de la bande dessinée chinoise, c’est souvent hors de leurs
frontières qu’ils trouvent la reconnaissance qu’ils méritent. En effet, le public occidental commence à s’intéresser au manhua « made in China » depuis le succès
qu’ont rencontré les manga japonais et les manhwa coréens. He Youzhi a été invité à exposer à Angoulême dès 1987 et a depuis publié trois albums en France.
En 2005, la maison d’éditions Xiaopan, fondée par Patrick Abry, se spécialise dans la publication de titres chinois. Cela permet par ailleurs à des auteurs de publier des BD qui, pour des
raisons politiques ou commerciales, n’ont pas pu l’être en Chine. C’est le cas de Orange (橘子) de Benjamin, ouvrage jugé trop déprimant et
pessimiste par les éditeurs chinois, ou encore du Fils du Marchand (贾儿 -voir couverture) de Nie Chongrui ,
une adaptation d’un conte surnaturel de Pu Songling qui met en scène la figure du renard dans une œuvre aux tendances bien trop érotiques pour les censeurs du Parti communiste. Enfin,
l’exportation de ces artistes leur permet aussi de s’améliorer, le contact avec des professionnels européens leur donne, par exemple, la possibilité d’apprendre à découper leurs scénarios et à
travailler leurs histoires. Ainsi, Huang Jiawei travaille actuellement avec le scénariste Jean-David Morvan sur un album intitulé Zaya, qui va être publié prochainement aux
éditions Dargaud.
Les difficultés du manhua en Chine peuvent certes s’expliquer par l’image réductrice, celle d’une littérature pour analphabètes, dont il souffre,
mais c’est surtout la structure anarchique du marché chinois qui permet d’éclaircir une telle situation. Il n’existe aucune maison spécialisée dans la bande dessinée. Leur dynamique éditoriale
en terme de manhua est donc inexistante, et c’est pourquoi très peu d’artistes peuvent vivre uniquement de la BD. La plupart d’entre eux, en effet, tirent leur subsistance de
leur travail dans l’animation ou les jeux vidéo. Une deuxième partie du problème se situe au niveau de la logistique. Les chaînes de librairies se contentant de faire de la distribution et ne
faisant pas d’études de marché, les bandes dessinées ont généralement du mal à atteindre son public. Internet vient certes palier cette insuffisance, mais d’un point de vue commercial, le
potentiel que représente le manhua reste, à ce jour, encore mal exploité.
Par nico-wong
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Jeudi 31 janvier 2008
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Le manhua à Taiwan
À Taiwan, île cédée au
Japon en 1895, le style noir et blanc du manga exerce très tôt son influence et laisse peu de place aux lianhuanhua traditionnels. Cette tendance se confirme à
l’issue de la Seconde guerre mondiale. En 1953 paraît le premier numéro de Camarade (学友), un magazine destiné aux enfants. Ce périodique publie des œuvres de Chen Dingguo et de Chen
Guangzhao, qui sont deux des pionniers en matière de manhua taiwanais. Chen Guangzhao, qui a d’ailleurs fait ses
études à Tokyo, est l’auteur de Petit Baye (小八爷), une bande dessinée qui se voulait avant tout éducative. Toutefois, la bande dessinée taiwanaise la plus marquante des années 50 est Zhuge
Silang (诸葛四郎 - voir image) de Ye
Hongjia qui dépeint ici, dans un style enfantin, une histoire de cape et d’épée qui a tenu en haleine toute une
génération de Taiwanais. Dans le même genre, mais réalisé dans un style plus réaliste et destiné à un public plus mature, Chen Haihong crée la Tornade de petits héros (小侠龙卷风). Cette
période se caractérise donc par la prédominance de la BD de cape et d’épée (wuxia manhua, 武侠漫画), et les magazines spécialisés se multiplient pour constituer ce
que l’on considère comme étant l’âge d’or du manhua taiwanais.
Cet engouement ne tarde pas à attirer l’attention des parents et des autorités qui publient, en 1962, une loi pour censurer les bandes dessinées. Ce texte, peaufiné dans les années qui suivent,
ne sera réellement appliqué que vers 1966, mais elle décime totalement l’industrie de la BD taiwanaise. De nombreuses maisons d’éditions et autres magazines se voient ainsi obligés de mettre la
clef sous la porte, et les bandes dessinées publiées antérieurement sont retirées des rayons. Beaucoup d’auteurs décident alors de changer de profession et la qualité des œuvres produites à cette
époque est en général assez médiocre. Les publications japonaises exercent alors un monopole sur le marché taiwanais.
Ce n’est que dans les
années 80 que la situation s’améliore quand des quotidiens commencent à publier des manhua d’artistes locaux. La maison Wuloong (乌龙院 - voir image), de Ao Youyang fait son apparition dans le China Times en 1983. Il s’agit d’une parodie de films de kung-fu dont le succès va relancer l’intérêt du public pour la
bande dessinée. Cai Zhizhong fait partie de ces talents qui surfent sur cette nouvelle vague, il entame ainsi en 1985 sa série Zhouangzi a dit (庄子说), qui se fait l’écho de
la pensée de ce philosophe de l’Antiquité par le biais de dessins aux traits simplistes. Zheng Wen, avec Biographies d’assassins
(刺客列传), renoue avec la tradition du manhua de cape et d’épée en adaptant cette partie des
Mémoires historiques de Sima Qian à l’aide d’illustrations réalisés à l’encre de chine et d’un réalisme à couper le souffle. Son immense talent lui permet de poursuivre sa
carrière au Japon et il est considéré aujourd'hui comme l'un des grands maîtres incontestés du manhua taiwanais. Aujourd'hui, des auteurs comme Ping Fan (平凡) et Chen Shufang (陈淑芳), dont
les illustrations se sont très vraisembablement inspirées de la peinture traditionnelle chinoise, font partie de ceux qui représentent le mieux Taiwan dans le domaine du manhua.
Extrait des Chroniques des héros de
Dongzhou de Zheng Wen
Par nico-wong
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Mercredi 30 janvier 2008
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Avec l’ouverture de la Chine, la bande dessinée du pays commence rapidement à subir les influences de l’étranger, et
plus particulièrement du Japon où les artistes de manga (la prononciation japonaise pour les sinogrammes 漫画) sont très prolifiques depuis l’après-guerre. Le terme manhua
est donc un emprunt au voisin nippon bien qu’il existait déjà auparavant pour désigner les dessins humoristiques et autres caricatures satiriques que l’on retrouve aujourd’hui dans la presse
écrite et dont il ne sera pas question ici. Le manhua, en tant que bande dessinée, qui se rapproche davantage de la BD franco-belge que nous connaissons, se distingue des
lianhuanhua traditionnels par le fait que les textes sont désormais systématiquement intégrés à l’image grâce aux « bulles » et qu’on ne se limite plus à une seule
illustration par page. La juxtaposition des dessins y est inspirée par le cinéma et on utilise donc les différents plans de caméra habituellement utilisés dans le septième art. Dans le monde
chinois, c’est à Hong-Kong et à Taiwan, plus perméables aux influences japonaises et où règne une plus grande liberté artistique, qu’apparaît d’abord le manhua.
Le manhua hongkongais
Ainsi, dans la colonie britannique, l’afflux d’immigrants
venu du continent dans les années 50 et 60 permet au marché de la bande dessinée de prospérer, surtout quand on considère la masse de lecteurs que représente la génération du baby-boom. Des
titres locaux et étrangers (américains et japonais notamment) s’y côtoient et se font concurrence. L’œuvre hongkongaise la plus populaire à une époque où la télévision n’existait pas encore est
incontestablement Uncle Choi (财淑 -
voir image) de Hui Guan-man. Celle-ci raconte, sur un ton tantôt comique tantôt grave, l’histoire d’un vieil homme qui devient un héros
pendant la guerre contre les Japonais. En 1962 commence la parution du Old Master Q (老夫子
) de Alphonso Wong qui met en
scène ses personnages dans des situations comiques. Vraisembablement inspirée de M. Wang de Ye Qianyu, cette série ne manque pas de se faire l’écho des préoccupations la société hongkongaise et,
dans certains numéros de la fin des années 80 par exemple, les protagonistes expriment leurs craintes vis-à-vis de la rétrocession de la future ex-colonie à la Chine.
Old Master Q
L’avènement de la télévision dans les années 70 marque un tournant et la popularité d’un certain Bruce Lee est à
l’origine une vague de manhua dédiée au kung-fu. C'est à cette époque que débute la parution de la série Little Rascals (小流氓) de Wong Yuk-long (黄玉郎), et elle prendra
plus tard le nom de Dragon Tiger Gate (龙虎门). Les trois héros de cette BD évoluent dans l'univers des logements sociaux hongkongais (l'équivalent des "cités" françaises) dans lequel ils
sont confrontés aux triades, les mafias chinoises. Les manhua de cette période sont extrêmement violents, les
auteurs n'hésitent pas à illustrer des scènes de combat où apparaissent des os de membres coupés ou bien encore des boyaux. On peut également citer des passages dans lesquels certains personnages sont forcés
à boire de l'urine. Cela pousse le gouvernement hongkongais à promulguer, en 1975, une loi visant à censurer ces publications.
Dragon Tiger Gate
Dans les années 80, Ma Wing-shing , inspiré par les romans de cape et d’épées, donne ses
titres de noblesse au manhua hongkongais avec Chinese Hero (中华英雄) qui se caractérise par son style surréaliste et ses planches en couleur. Cette série culte raconte les aventures de Wah Ying-hung, un
jeune homme qui se met à étudier les arts martiaux afin de venger ses parents assassinés. Ce manhua rencontre un succès immédiat auprès du public, le premier numéro ayant été vendu à plus de
200 000 exemplaires. Le style de Ma Wing-shing est alors imité par de nombreux auteurs hongkongais. La série Young and Dangerous (古惑仔) débute en 1992 et explore l'univers des triades.
On assiste ensuite à une vague de manhua à connotation érotique qui va pousser une nouvelle fois le gouvernement à légiférer. À partir de 1995, les BD aux contenus "inappropriés" sont
désormais vendus dans un emballage plastique. Dans un tout autre style, Alice Mak (麥家碧) et Brian Tse (謝立文) rencontrent
un grand succès, aussi bien auprès des grands que des petits, avec leurs séries McDull (麦兜) et McMug (麥嘜). Celles-ci, dessinées dans un style très enfantin, mets en scène une famille de petits cochons et leurs amis et aborde des thèmes sociaux allant du
chômage aux familles monoparentales.
Chinese Hero
Par nico-wong
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