(actu)

Lundi 17 juillet 2006 1 17 /07 /2006 20:52
Tout le monde connaît Daredevil, alias Matt Murdoch, avocat le jour et super-héros la nuit, ce justicier aveugle qui punit les criminels que les tribunaux n'ont su condamner. Chen Guangcheng (陈光诚), 34 ans, est aveugle lui aussi mais son sens de la justice est le seul super pouvoir dont il dispose. Il n'en est pas moins un héros pour autant. Considéré cette année par le magazine Time comme l'une des 100 "personnalités qui façonnent notre monde", Asia Weekly lui avait également rendu hommage l'an dernier dans un dossier consacré aux "avocats défenseurs des droits individuels". Rappelons que ce "barefoot lawyer" n'avait pu étudier le droit à la fac en raison de son handicap et il a donc dû apprendre le métier sur le tas.

Originaire de Linyi, district du Yinan dans le Shandong, il a pris la défense des villageois en 2005 quand les autorités, dans le cadre de la politique de contrôle des naissances, ont forcé les couples parents de deux enfants à se stériliser et les femmes enceintes d'un troisième enfant à avorter. Certains, face à tant brutalité, ont pris peur et se sont enfuis, mais leurs proches ont été pris en otage et brutalisés en réprimande. Ces pratiques sont bien évidemment illégales aux yeux de la loi chinoise. Chen Guangcheng est alors devenu leur conseiller juridique et a porté plainte contre la municipalité de Linyi. Le dossier, cependant, est resté sans suite : le procès a été reporté maintes et maintes fois et plusieurs familles se sont retirées suite aux menaces dont elles ont fait l'objet.

Après un court passage à Pékin où il a pu rencontrer des journalistes étrangers (du magazine Time notamment) et des officiels de l'ambassade des États-Unis, Chen Guangcheng a été arrêté puis assigné à résidence à partir de Septembre 2005. Des "forces de l'ordre" (en réalité des voyous locaux recrutés par la police) entouraient constamment son domicile et sa ligne de téléphone était souvent coupée. Régulièrement harcelé, il a même été molesté en octobre.

Le 2 février 2006, Chen Hua, un voisin, est venu devant son domicile pour protester contre cette forme de détention informelle. Le malheureux a alors été passé à tabac et quelques jours plus tard, il a été arrêté à son domicile et a été détenu sans qu'il ne puisse contacter sa famille ou recevoir l'assistance d'un avocat. Cet incident a provoqué la colère des villageois et ils ont été près de 500 à se rassembler devant le bureau des autorités locales pour réclamer la libération de Chen Hua. Cette manifestation a alors tourné au vinaigre, des villageois s'en sont pris à plusieurs véhicules de police tandis que les autorités ont riposté en jetant des pierres sur les manifestants. Elles ont ensuite mené un raid dans le village afin d'arrêter les participants, ils cherchaient en particulier à réprimander Chen Guangchun, le cousin de Guangcheng, qui aurait été l'instigateur du mouvement de protestation. Chen Hua et Chen Guangchun ont été libérés le 12 février.

Après que sa femme, Yuan Weijing, ait été agressée à son tour, des villageois ont escorté Chen Guangcheng au domicile de son cousin Chen Guangyu pour qu'il puisse y téléphoner sans craindre d'être coupé ou mis sous écoute. Les autorités ne l'ont pas forcé à rentrer chez lui mais ont fini par poster des gardes devant la maison de Guangyu. Le 11 mars, ce fut au tour de celui-ci d'être agressé par des inconnus quand il est sorti de chez lui pour aller acheter des clopes. Quatre gaillards cagoulés l'attendaient à un coin de rue pour le massacrer à coups de bâtons en bois. Chen Guangcheng est sorti de ses gonds en apprenant la nouvelle et est sorti de chez lui, en compagnie de son cousin salement amoché, pour aller demander des comptes auprès des autorités.

La démarche s'est révélé infructueuse et les deux hommes sont partis en direction du gouvernement cantonal pour demander l'ouverture d'une enquête. Yuan Weijing et un autre villageois, Chen Guangjun, les ont accompagné au cas où... Ils se sont rapidement retrouvés encerclés par une bonne centaine de personnes, parmi lesquelles on pouvait compter une cinquantaine de policiers qui ont procédé à l'arrestation des trois hommes. Yuan Weijing, qui avait son bébé avec elle, et la mère de Chen Guangchen ont tenté de s'interposer mais se sont fait jeter dans un fossé au bord de la route.

Chen Guangyu et Chen Guangjun ont été libérés sous caution le 18 avril mais Chen Guangcheng a été officiellement accusé d'avoir "amené des personnes à bloquer la route". Il est toujours maintenu en détention à l'heure actuelle et il se peut fortement qu'il ait été torturé. Un collectif d'avocats s'est mobilisé pour prendre sa défense. Alors qu'ils se rendaient à Linyi, six d'entre eux ont été tabassés par des voyoux sous la complicité de la police locale.

Chen Guangcheng sera jugé le 20 juillet par un tribunal populaire du district du Yinan et il risque une peine de prison qui sera de toute façon totalement injustifiée à mes yeux. Je tenais donc aujourd'hui à saluer le courage de cette personne exceptionnelle, un super-héros qui prouve qu'il y a encore un peu d'humanité dans cette Chine contemporaine sans scrupules.

PS : je conçois que les noms des protagonistes de cette affaire peuvent vous embrouiller. en effet, il arrive souvent que les habitants d'un même village portent le même nom de famille...

Pour plus d'informations, je vous conseille (entre autres) :
Le blog "Guangcheng sera bientôt de retour à la maison" (zh)
Le communiqué d'Amnesty International (fr)
Time - Chen Guangcheng, a Blind Man with Legal Vision (en)
Par nico-wong
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Vendredi 14 juillet 2006 5 14 /07 /2006 21:56
Li Yuanlong (李元龙), journaliste au Bijie Ribao (毕节日报- Quotidien de Bijie), vient d'être condamné à deux ans de prison pour "incitation à la subversion de l'État" dans des articles qu'il avait publié, sous le nom de Ye Lang (夜狼 - Loup Nocturne), sur des sites Internet basés hors de Chine.

Roland, de EastSouthWestNorth, nous a traduit l'un de ces articles jugés subversifs : "Devenir un esprit américain" (在思想上加入美国国籍 - On becoming an American citizen in spirit).

Li Yuanlong y exprime son admiration pour les États-unis, un pays libre et démocratique qui respecte la liberté d'expression. En citant un essai écrit par un certain Jia Guobiao, il revient ensuite sur la Guerre de Corée et se demande si les Américains avaient gagné et libéré la Chine du régime communiste, le pays se serait-il développé comme le Japon, la Corée du Sud et Taiwan ? Deng Xiaoping n'aurait pas eu alors à entamer des réformes pour essayer de rattraper tout le retard accumulé. Cela est, évidemment, considéré comme de l'ingérence de la part des Américains qui n'ont pas à se mêler de ce qui ne les regarde pas. Mais, dit Loup Nocturne, si je me mets à frapper ma femme chez moi et que la police arrive pour m'arrêter, n'est-ce pas là également une forme d'ingérence ?

Il continue en expliquant qu'être patriote ou pas n'est pas la question. En effet, les Japonais ont massacré des millions de Chinois pendant la Deuxième guerre mondiale et il est normal qu'on leur en veulent encore. Mais avant d'arriver au pouvoir, le Parti communiste chinois (PCC) s'était livré à une guerre civile contre le Guomindang et ça avait également fait des millions de victimes chinoises. Plus proche de nous, en 1989, le PCC a bien envoyé des tanks pour réprimer dans le sang un mouvement d'étudiants patriotes. Alors pourquoi est-ce qu'on leur pardonnerait ?

Il y a, selon lui, trois catégories de personnes qui "admirent" le PCC et son système politique. La première est constituée des membres du PCC qui tiennent les rênes du pouvoir et qui feront tout pour le garder. La seconde de personnes qui connaissent le côté obscur du PCC mais qui s'en accommode, au nom du profit qu'ils peuvent en tirer. Enfin, la dernière regroupe de ceux qui resteront esclaves du PCC à jamais, ceux qui, tout au long de leur vie, ont gobé la propagande et qui en ont fait leur vérité inaliénable.

Il nous raconte comment, à 18 ans, il a pris conscience des mensonges avec lesquels on lui a bourré le crâne depuis sa plus tendre enfance et nous décrit la honte qu'il ressent face au fait d'être chinois. Il regrette l'anti-américanisme dont font preuve ce qui sont tout de même ses compatriotes et écrit : "Je vis dans cette sombre nouvelle Chine et j'ai grandi sous ce drapeau rouge dégoûtant".

Il finit son article sur ce postsciptum :

"Je crois que le jour où les dictateurs du PCC chuteront arrivera bientôt.

Quand un Chinois a utilisé sa carabine pour abattre des oiseaux sur le campus de son université et a ainsi fait un trou par mégarde dans le drapeau rouge communiste, il a été condamné à 20 ans de prison. Aux États-Unis, brûler "publiquement" un drapeau américain dans la rue est perçu comme l'exercice des libertés d'expression et d'opinion, des droits garantis par la Constitution.

Le jour où je pourrais brûler le drapeau chinois sur la place Tiananmen sera le jour où la Chine communiste sera devenue une "Amérique" démocratique et prospère, un pays de rêve. Quand ce jour sera venu, je ferai publier une annonce dans les journaux pour annoncer que le Loup Nocturne, qui est amèrement devenu un "citoyen américain", est rentré au pays. Ses pensées et son âme n'auront plus besoin d'errer en exil dans un pays étranger !"

Petite précision : je ne suis pas forcément en accord avec les points de vue de Li Yuanlong. Je ne pense pas, par exemple, que les États-Unis soient ce paradis de liberté et cette démocratie de rêve tel qu'il est décrit. Mais foutre un mec en taule pour ça est, je trouve, totalement disproportionné.

Une pensée donc pour sa femme et ses enfants...
Par nico-wong
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Mercredi 12 juillet 2006 3 12 /07 /2006 00:18
Bonne nouvelle sur la blogosphère !

Le documentariste indépendant Hao Wu a enfin été libéré par le Bureau de la sécurité publique de Pékin. Hao est un chinois qui a longtemps vécu aux States, il a fait des études de commerce mais a fini par devenir réalisateur de documentaires en Chine. Il tenait un blog particulièrement intéressant appelé Beijing or Bust (bloqué en Chine) et écrivait aussi pour Global Voices sous le pseudo Tian Yi. Il avait mystérieusement disparu il y a à peu près cinq mois et suscité l'inquiétude de toute la blogosphère. Il tournait un film sur une église protestante clandestineà ce moment là et ce n'est que plusieurs semaines plus tard qu'on a appris qu'il avait été arrêté. Sa famille est resté sans aucune nouvelle de lui pendant de (très) longs mois et à aucun moment il n'a eu le droit de voir un avocat. On ne connaît pas les charges retenues contre lui, les autorités prétextant l'implication de "secrets d'État" pour imposer le silence autour de cette affaire.

C'est sa soeur Nina qui a annoncé la nouvelle sur son blog :

"Je viens de recevoir un appel de la maison, on m'a dit que Hao-zi était sorti.
Merci à tous pour vous être inquiété sur son sort, mais il a besoin de calme en ce moment.
S'il y a du nouveau, je mettrai ce blog à jour."

On ne sait donc sous quelles conditions Hao a été libéré mais pour l'instant, réjouissons nous du fait qu'il ait pu retrouver la liberté, rentrer à la maison et être entouré de sa famille. J'espère malgré tout qu'il continuera à écrire sur son blog et qu'on en saura plus sur ce qui c'est vraiment passé...
Par nico-wong
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