Mercredi 2 juin 2010 3 02 /06 /2010 15:31

Hong Kong Legco (photo AP)

Mercredi 2 juin, conseil législatif de Hong Kong, les députés du camp démocrate affichent sur leur pupitre des reproductions miniature de la "Déesse de la démocratie", une statue érigée le 30 mai 1989 sur la place Tian'anmen par des étudiants des Beaux-Arts de Pékin. Le débat du jour portait en effet sur le massacre qui, le 4 juin de cette année-là, mit fin au mouvement démocratique initié par les étudiants pékinois. 21 ans plus tard, les législateurs pandémocrates de Hong Kong ont déposé une motion pour appeler les autorités centrales à réhabiliter les manifestants, qui sont toujours considérés comme des "contre-révolutionnaires". La motion a peu de chances de passer, les partis pro-Pékin détenant la majorité des sièges du Conseil législatif, mais après avoir provoqué - par la démission de cinq de leurs élus - des élections partielles pour relancer le débat sur la démocratie à Hong Kong, les pandémocrates n'ont plus peur d'aller à la confrontation.

Visiblement irritées par ces initiatives, les autorités centrales et hongkongaises cherchent à leur mettre des bâtons dans les roues alors qu'ils s'apprêtent à commémorer le 21e anniversaire du massacre de la place Tian'anmen. Une statue et une sculpture, inspirées de la Déesse de la démocratie, ont ainsi été confisquées par la police alors qu'elles étaient exposées dans le centre-ville. Elles sont l'oeuvre de Chen Weiming (陈维明), qui s'est quant à lui vu refuser l'accès au territoire à son arrivée à l'aéroport. M. Chen est un artiste diplômé des Beaux-Arts de Pékin qui s'est réfugié en Nouvelle-Zélande après la répression du mouvement de 1989. Les autorités hongkongais se sont refusés à tout commentaire sur cette interdiction de territoire, mais pour les pandémocrates, pas l'ombre d'un doute, cette décision est politique. Les deux oeuvres ont été restituées hier et elles sont actuellement exposées à Victoria Park où, vendredi et comme chaque année, des dizaines de milliers de Hong Kongais se réuniront pour commémorer les victimes de Tian'anmen.

Victoria Park (Photo Charles Mok)

Par nico-wong
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Jeudi 27 mai 2010 4 27 /05 /2010 20:03

 

Traduit du chinois
Billet original
de Maître Liu Xiaoyuan, avocat à Pékin.

Face à la vague de suicides parmi les employés de Foxconn, pourquoi les syndicats nationaux gardent-ils le silence ?
Appel à la suspension de la chaîne de production et à une réorganisation du travail

Selon les médias, il y a eu entre le mois de janvier et le 26 mai, douze cas de suicides parmi les employés de Foxconn en Chine. Douze jeunes qui quittent ainsi notre monde, c'est profondément attristant.

Cette vague de suicides chez Foxconn fait certes les grands titres des médias, mais nous n'avons toujours pas vu la Fédération des syndicats chinois ou le Ministère du Travail et de la Sécurité sociale, qui sont censés défendre les intérêts des travailleurs, s'exprimer au nom des ouvriers décédés.

Ces événements me rappellent une autre affaire qui impliquait Foxconn en 2006.

Liu Xiaoyuan revient ensuite sur cette histoire, lors de laquelle il avait défendu deux journalistes attaqués en justice par l'entreprise taïwanaise. Les deux reporters du China Business News avaient mené une enquête sur les conditions de travail sur le site de Foxconn à Shenzen. La société avait ensuite porté plainte contre eux pour avoir terni leur réputation. J'avais, à l'époque, également suivi l'affaire pour RSF.

Foxconn faisait alors la une des médias pour des « heures supplémentaires excessives », je n'imaginais pas que quatre ans plus tard, qu'une vague de suicide allait une nouvelle fois placer Foxconn au centre des discussions.

Quand de jeunes ouvriers se donnent la mort les uns après les autres, ce n'est pas en ces travailleurs que se trouve la source du problème. C'est pourquoi Foxconn devrait faire son mea culpa et se remettre en question. Au lieu de quoi, Terry Kuo a demandé à ses employés de s'engager par écrit à ne pas se suicider, ce qui ressemblerait plutôt à une plaisanterie dans l'histoire industrielle mondiale.

Quand une entreprise manufacture des produits défectueux, l'Etat ordonne généralement la suspension de la production afin de régler le problème. Alors, face à une vague de suicides au sein d'une entreprise, pourquoi les autorités compétentes n'ont-elles toujours pas réagi ? Car les conséquences de cette affaire pourraient aller bien au-delà que dans le cas de produits défectueux.

J'appelle donc les syndicats nationaux, ainsi que le Ministère du Travail et de la Sécurité sociale, à assumer leurs responsabilités légales ; à ouvrir, dans le cadre de la loi, une enquête au sujet de cette vague de suicides afin d'examiner les problèmes relatifs aux violations du droit du travail au sein de cette entreprise ; et à ordonner la suspension de la production des usines de Foxconn comme le prévoit la loi pour garantir les droits légaux des ouvriers.

Liu Xiaoyuan,
le 27 mai 2010

Liu Xiaoyuan invite donc les syndicats, qui sont sous la houlette du gouvernement, à jouer leur rôle, tout simplement. En effet, la fédération des syndicats chinois est la seule organisation censée défendre les intérêts des travailleurs et dans les faits, elle cherche plutôt à contenir les mouvements sociaux plutôt qu'à les organiser.

Par nico-wong
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Mardi 25 mai 2010 2 25 /05 /2010 14:45

Traduit de l'anglais
Article original de James Montague et Jaime Flocruz pour
CNN

xin_320404281423342738423.jpgPersonne n'avait été surpris par la défaite 2-0 de Happy Valley contre Fourway Rangers lors d'un match du championnat hongkongais en octobre dernier. Après tout, Happy Valley connaissait une saison difficile qui allait se terminer une humiliante rélégation en division inférieure. Ce match, auquel ont assisté pas plus de 442 spectateurs dans le petit stade de Sham Shui Po, aurait pu rester une rencontre obscure des bas-fonds d'un championnat inconnu s'il n'avait pas révélé quelque chose de bien plus sinistre que l'ineptie de Happy Valley.

Cinq joueurs ont récemment été arrêtés, accusés d'avoir reçu des pots-de-vin pour expédier le match. Quatre d'entre eux ont depuis été libérés sous caution mais le dernier, Yu Yang, a été condamné le 20 mai à 10 mois de prison pour tentative corruption selon l'agence de presse Xinhua.

Et cette affaire est loin d'être un cas isolé. En Chine continentale, le football est en crise, embourbé dans des scandales de corruption hors du terrain, et miné par de piètres performances sur la pelouse.

La débacle
 

La Chine va manquer la Coupe du Monde de cet été en Afrique du Sud, elle stagne dans les eaux profondes du classement FIFA et, pire, la Super League chinoise administré par le gouvernement est gangréné par une corruption qui s'est étendue à Hong Kong. 

Outre les cinq joueurs hongkongais, 20 autres officiels ont été arrêtés, parmi lesquels Nan Yong et Yang Yimin, respectivement ex-président et ex-vice-président de la fédaration chinoise de football. Deux clubs de première division, Guangzhou et Chengdu ont été rélégués pour avoir arrangé des matchs, ce qui va retarder le début de la nouvelle saison.

Mais c'est l'arrestation de Lu Jun qui a eu les effets les plus dévastateurs. Cet ancien arbitre international, qui avait officié lors de la Coupe du Monde 2002, était surnommé le "Sifflet d'or" pour son impartialité. Accusé d'avoir reçu des dessous de table, il risque la peine de mort s'il jugé coupable.

"Cette nouvelle a été vraiment très choquante en Chine, pas uniquement dans le monde du sport, mais pour tout le monde, surtout quand le numéro 1 du foot a dû démissionner", a affirmé Tang Yue, journaliste sportif pour le China Daily, au micro de CNN.

Immense marché
 

Les choses auraient pu être autrement. Si Hong Kong, qui est doté de sa propre fédération, a son équipe nationale dont la réputation est plus que médiocre, la Chine était vue comme une grande nation de football en devenir.

Le foot, après tout, est le sport le plus populaire dans le pays. Il est estmé que 30 millions de Chinois suivent la Premier League anglaise tous les week-ends tandis qu'ils sont 180 millions à avoir suivi à la télévision la dernière édition du championnat national.

Sepp Blatter, le président de la FIFA, souhaitait tellement stimuler l'engouement pour ce sport que, quand la Chine a accueilli la Coupe d'Asie en 2004, il s'est rendu sur place pour assister à la finale et a déclaré que c'étaient les Chinois, et non les Anglais, qui avaient inventé le football. Une déclaration pour le moins controversée.

"On ne peut nier qu'il y a en Chine le souvenir et les preuves que ce sport y était pratiqué il y a mille ans", avait affirmé Blatter lors d'une exposition sur le foot à Shanghaï, donnant ainsi le sceau officiel de la FIFA à ceux qui disent que le cuju est le lointain ancêtre du football moderne.

Corruption endémique

En 2004, de l'argent a été injecté et la Super League chinoise était lancée en grandes pompes. Avec l'histoire et le plus grand marché sportif au monde de son côté, la Chine était destinée à être la prochaine superpuissance dans le monde du ballond rond. Mais aujourd'hui, l'équipe nationale croupit à la 85e place du classement FIFA, entre la Moldavie et l'Angola. Et il est à craindre que l'on ne fait que commencer à découvrir la véritable emprise qu'ont les syndicats de paris illégaux en Chine.

"La Super League était déjà la troisième tentative de lancer un championnat car les deux précédentes avaient capoté à cause de la corruption et de la violence dans les stades", a confié à CNN Rowan Simons, auteur de Bamboo Goalposts, un livre sorti récemment sur le football chinois.

"La corruption est présente à tous les niveaux du sport, du sommet jusqu'au bas de la hiérarchie. C'est représentatif de la société chinoise dans son ensemble et ça s'inscrit dans un problème plus large avec la corruption et le népotisme. C'est beaucoup plus visible dans le football car les résultats en patissent dans les compétitions internationales. C'est impossible de le cacher. Ils ont 85e au classement FIFA avec une population de plus d'un milliard."

Xinhua avait rapporté plus tôt dans l'année que 106 626 officiels du gouvernement avaient été jugés coupables de corruption par la Commission centrale de l'inspection disciplinaire, l'organisme anti-corruption du Parti communiste, dans les 11 premiers mois de l'année 2009. Toujours est-il que, dans le classement de la perception de la corruption de Transparency International, la Chine se classe à la 79e place.

Selon Simons, la corruption dans le football chinois est si bien enraciné que même les joueurs de l'équipe nationale doivent payer pour jouer.

"Les tarifs avaient même été publiés dans la presse", assure-t-il. "100 000 yuans pour être sélectionné dans le groupe, et 200 000 pour entrer en cours de jeu en tant que remplaçant. Certains joueurs se sont exprimés publiquement pour dire qu'ils ne pouvaient plus jouer pour leur équipe nationale car ils n'en avaient plus les moyens." La fédération chinoise s'est refusé à tout commentaire quand CNN lui a fait part de ces inquiétudes.

Intervention publique

Le scandale a fait tellement de mauvaise presse que le gouvernement prend désormais les choses très au sérieux. La nouveau chef du football chinois se nomme aujourd'hui Wei Di, qui était en charge de la fédération des sports aquatiques et qui n'avaient aucune expérience préalable dans le monde du football.

"Même le ministre des sports a dû s'impliquer, de même que le président Hu Jintao", explique Tang Yue. "Il a dit qu'il voulait faire progresser le football chinois. Ca montre bien à quel point le gouvernement est déterminé à reprendre les choses en main."

Mais cela représente un problème en soi. Les régulations de la FIFA cherchent en effet à protéger les officiels du foot de toute interférence gouvernementale. Le Tchad, le Kenya, l'Irak et l'Iran ont tous fait l'objet de suspension après que le FIFA les avait accusé de telles pratiques. Mais en Chine, où la ligne qui sépare l'action publique de l'action privée est devenue floue, aucune mesure n'a été prise.

Et c'est précisémment cette interférence du gouvernement qui, selon Simmons, a permis à la corruption et aux arrangements de matchs de se développer.

"Le sport appartient au gouvernement et c'est le gouvernement qui le contrôle", dit Simons. "Les gens n'ont pas la même responsabilité individuelle vis-à-vis du sport. Ils ne pensent pas que le sport leur appartient. Le football n'est pas le sport du peuple, c'est celui du gouvernement et de mémoire d'ancien, ça l'a toujours été."

D'autres, qui se sont également intéressés au rôle du gouvernement dans le sport, partagent ce point de vue et estiment que cette relation a contribué à tuer le sport.

"Le gouvernement a vraiment besoin de lâcher de son emprise", déclare Christopher Renner, président de l'agence de consultants sportifs Helios Partners China.

"Évidemment, cela ne se produira pas vraiment comme ça, mais ils devraient se concentrer sur la politique et non sur la gestion du sport au jour le jour, en particulier quand des facteurs commerciaux entrent en jeu. C'est par là que l'argent arrive et c'est bien trop tentant pour ces bureaucrates sous-payés. Au moins dans le football, ils doivent laisser  les forces du marché faire leur travail sur les dirigeants, les propriétaires, les entraîneurs et les joueurs. Ceux qui obtiennent ces résultats, et non ceux qui prennent part au jeu politique, doivent être récompensés.


Brésil 2014 ?

Des dizaines de millions de fans de foot vont vibrer au rythme de la Coupe du monde et encourager leurs équipes adoptives d'Europe ou d'Amérique du Sud. Mais comme le souligne Simons, la qualification de la Chine à la Coupe du Monde au Brésil en 2014 dépendra de sa capacité à nettoyer le foot au niveau local.

"C'est une répression des autorités centrales à laquelle on assiste régulièrement. Beaucoup de personnes sont arrêtés et les syndicats qui organisent les paris illégaux sont démantelés', dit-il. "Cette vague-ci est plus large et plus profonde que l'on avait imaginée. Mais a-t-elle réglé les problèmes ? Non. Elle a tout écrasé, pour le moment. Et tout redeviendra comme avant si on ne trouve pas de solutions aux principaux problèmes."

Par nico-wong
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