Hu Shuli (胡舒立), fondatrice et
rédactrice en chef du très influent magazine économique Caijing (财经), a officiellement présenté sa démission. Elle emboîte le pas
du directeur général et d'une soixantaine d'autres reporters qui avaient quitté la rédaction le mois dernier. Le départ de "l'âme de Caijing", comme on la surnomme, sera très certainement suivi
de celui de nombreux journalistes encore actuellement en poste.
C'est donc la fin d'une période pour ce magazine fondé en 1998 qui est l'un des seuls à oser aborder des sujets sensibles
tels que la corruption ou les conditions de travail dans les usines chinoises. On se souvient notamment que les articlesparus dans ce bimensuelsur l'épidémie de SRAS en 2003 avaient poussé les autorités à reconnaître la gravité de cette crise sanitaire.
Hu Shuli était en conflit avec les actionnaires du magazine qui auraient subi des pressions de la part du pouvoir pour réorienter la ligne éditoriale de la publication essentiellement vers
l'économie et la finance, et délaisser la politique. C'est donc la fin d'une période pour cette publication qui faisait autorité par son audace. Et c'est également un signe très inquiétant pour
l'indépendance des médias chinois.
Hu Shuli, en attendant, a accepté un poste à l'université Sun Yat-sen de Canton. Et dans le même temps, elle travaillerait sur un nouveau projet de publication multimédia qui se nommerait Caixin
(财新). Son ancienne équipe serait de la partie, l'aventure pourrait donc continuer si elle obtient les licences pour créer ce nouveau titre.