(manhua)

Samedi 19 janvier 2008 6 19 /01 /2008 10:40

Les peintures de Mawangdui et les fresques de Dunhuang

Les premiers précurseurs des lianhuanhua remontent au moins au début de la dynastie des Han de l’ouest (206 av. J.C. - 24 ap. J.C.). Le sarcophage de Mawangdui (马王堆) découvert en 1972 près de Changsha (Hunan) a révélé, sur deux des six coffres encastrés les uns dans les autres qu’il contenait, des peintures aux couleurs éclatantes sur fond de laque noire ou rouge vif. Certaines d'entre elles représentent des histoires telles que Tubo mange le serpent (土伯吃蛇). Ce récit met en scène un oiseau aquatique, qui voyant un serpent au sol, l’attrape dans son bec et s’en va le déposer dans la gueule grande ouverte d’un animal mythique qui se tient debout, à la manière d’un homme. Celui-ci est une divinité dont le rôle était de protéger les défunts contre les attaques des animaux nuisibles pour permettre à leurs âmes de gagner le monde de l’au-delà.

Tubo mange le serpent Relevé de Tubo mange le serpent


Les fresques des grottes de Dunhuang (Gansu), vestiges de la dynastie des Wei du Nord (386 - 535), se caractérisent également par un enchaînement narratif. Le Jakata du cerf aux neuf couleurs (
九色鹿本生) raconte comment la reine ayant souhaité se parer de la peau d'un cerf aux sept couleurs qu'elle avait vu en rêve, un homme se propose de conduire le roi jusqu'au territoire de l'animal. La scène représentée sur l’image ci-dessous illustre l'épisode où le cerf se dresse devant le roi et lui raconte comment jadis il avait sauvé de la noyade l'homme qui aujourd'hui le livre. Le bouddhisme connaît à cette époque un grand essor en Chine et pour mieux s’imposer, il fait appel à l’image. Cela explique donc l’éclosion d’une iconographie riche et abondante, objet de culte mais aussi d’enseignement, s’inspirant souvent des divers épisodes de la vie de Bouddha. Outre les progrès de la continuité narrative, l’usage de la couleur ou encore la surface plane des images sont autant d’éléments qui nous permettent déjà d’entrevoir l’ombre des bandes dessinées modernes.

Le Jakata du cerf aux neuf couleurs Le Jakata du cerf aux neuf couleurs


Les peintures de Gu Kaizhi

En effet, les peintures de cette époque comportent déjà certaines spécificités de la bande dessinée. Ainsi, la répétition de personnages dans des scènes juxtaposées au caractère narratif est typique des rouleaux horizontaux de Gu Kaizhi (
顾恺之, 354 - 405). On retrouve ces caractéristiques dans des œuvres de cet illustre peintre du royaume des Jin tels La nymphe de la rivière Luo (洛神賦) et Admonitions aux femmes du gynécée impérial (女史). Le premier est l’interprétation illustrée d’une rhapsodie de Cao Zhi (曹植, 192 - 232) et reprend un thème littéraire cher à l’ère Han, celui de la rencontre avec une divinité féminine fluviale. Dans sa peinture figurative, Gu Kaizi articule sa composition autour d’éléments paysagers et la narrativité d’une histoire était traduite par une succession de scènes distinctes. Ces rouleaux, d’une longueur de plus de cinq mètres sur une hauteur d’à peine trente centimètres, se lisent de droite à gauche et sont déroulés comme un film devant l’observateur. La main gauche déroule à mesure que la main droite enroule. Le regard des personnages guide le lecteur à travers la peinture, l’orientant vers les éléments de transition entre les différents plans tels que les oiseaux, qui semblent voler d’une scène à l’autre, mais l’ensemble de la scène est aussi structuré par d’autres éléments, comme des montagnes abruptes et des forêts denses.

la Nymphe de la rivière Luo Détail du rouleau de la Nymphe de la rivière Luo

Le rouleau des Admonitions, quant à lui, éclaire pour sa part un texte didactique : il se présente sous la forme d’une série de commentaires explicatifs rédigés par Zhuang Hua (张华, 232 - 300), illustrés chacun par une scène figurative. Les textes, qui décrivent la conduite à tenir pour des dames du gynécée impérial, contribuent ici à structurer les scènes successives par un effet d’optique.

Admonitions aux femmes du gynécée impérial Détail du rouleau des Admonitions


Œuvres illustrées et images du Nouvel An


L’invention de l’impression xylographique au VIIIe siècle, ainsi que l’apparition d’une société urbaine et marchande sous les Song (960 - 1279) favorisent la multiplication des reproductions, le développement de la littérature en langue vernaculaire et l’apparition de l’image dans les romans. De nombreuses éditions de contes, romans et autres pièces de théâtre voient ainsi le jour. Il s’agit en général des œuvres d’inspiration historiques, mais largement romancées, telles que les Trois Royaumes (三国演义). Ces ouvrages sont souvent accompagnés d’illustrations qui respectent le principe de l’image en haut et du texte en bas (shangtu xiawen, 上图下文). Chacun de ces dessins, que l’on appelle huihuitu (回回图), comporte parfois en son sein une dynamique qui lui permet de décrire plusieurs scènes du livre à la fois. La circulation des ouvrages illustrés s’accroît progressivement pour devenir abondante à partir du XVIe siècle, où des raffinements techniques comme l’impression en couleurs sont introduits.
Parallèlement, une forme de bande dessinée continue à se profiler. L’exemplaire imprimé en 1064 de Biographies de femmes célèbres (列女传) illustre un texte de Liu Xiang (刘向, 77 av JC. - 6 av JC.) et peut être considéré comme étant un ouvrage qui présente déjà toutes les spécificités d’un lianhuanhua avant l’heure. Quelques siècles plus tard, les Traces sacrées de Confucius (孔子圣迹图), imprimées sous les Ming en 1593, racontent en images la vie de Confucius et contient plus d’une centaine de dessins réalisés dans la technique baimiao (白描), avec un trait de contour fin donnant un style très réaliste. 
Biographies de femmes célèbres Extrait des Biographies de femmes célèbres


Plus tard, les images du Nouvel An (
年画) représentent aussi une forme de littérature graphique qui pourrait s’assimiler aux lianhuanhua. Très nombreuses sous les Qing (1644 - 1911), ces estampes en couleurs ont une fonction religieuse et décorative. Dès le XVIIIe siècle, certaines de ces images présentent les caractéristiques de véritables bandes dessinées : enchaînement de tableaux, variation de leur format elle-même créatrice d’un certain rythme, concision des textes d’accompagnement librement inscrits à l’intérieur des vignettes et ballons s’échappant parfois de la bouche des personnages pour noter leurs paroles ou leurs idées. Ce n'est toutefois qu'à la fin de la dynastie des Qing que vont naître les lianhuanhua, ces petits livres au petit format ne contenant qu'une seule image par page avec, sous celle-ci, un texte narratif et dans laquelle figure parfois des phylactères.

Par nico-wong
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Samedi 19 janvier 2008 6 19 /01 /2008 08:31

Je vais tenter, au cours de ce dossier, de vous faire une petite présentation générale de la BD chinoise. En effet, celle-ci ne se résume pas uniquement aux œuvres récentes qui nous sont disponibles en France et son histoire, d'une certaine manière, se situe à cheval entre celle de la littérature et celle de la peinture. Des fresques de Dunhuang aux réalisations contemporaines, en passant par les romans illustrés, les bandes dessinées chinoises peuvent se présenter sous des formes aussi diverses que variées. Et c'est précisemment ce que laisse penser l’auteur américain Scott McCloud, qui définit cet art comme étant la « juxtaposition volontaire d'images picturales et autres en séquences destinées à transmettre des informations et/ou à provoquer une réaction esthétique chez le lecteur. »1 En Chine, on parle de lianhuanhua (连环画), de xiaorenshu (小人书), de gongzaishu (公仔书) ou, plus récemment, de manhua (漫画). Ce sont certes des œuvres graphiques mais, loin d’être coupées de l’écriture, elles y renvoient puisque les idéogrammes chinois sont des signes qui rendent visuellement l’idée des mots. Entre cette suite d’images significatives qu’est l’écriture et les « images enchaînées » que sont les bandes dessinées, il y a donc une certaine continuité qui se caractérise par un même trait d’encre et un même déplacement linéaire du regard au fil du récit.

Ce dossier va se structurer en quatre parties qui, bien que ce soit un cheminement un peu linéaire, vont essayer de correspondre aux grandes évolutions historiques de la BD chinoise.
Donc pour commencer, nous verrons quels sont les antécédents les plus anciens des lianhuanhua à travers les fresques murales de Dunhuang (敦煌) ou encore les peintures sur rouleaux horizontaux de la dynastie des Jin de l’Est. Nous nous pencherons ensuite sur l’apparition des romans graphiques et des bandes dessinées dans la presse écrite qui donneront naissance aux lianhuanhua proprement dits. Il s'agit alors de petits livres ne contenant qu'une seule image par page, sous laquelle figure un court texte narratif. Puis nous verrons comment le régime communiste reprendra cette forme de littérature dont l'évolution, lors de cette période, est étroitement liée aux mouvements politiques qui jalonnent la seconde partie du XXe siècle. Enfin, je tenterai de présenter les caractéristiques du manhua à la chinoise, qui épouse une conception de la bande dessinée qui correspond davantage à celle que nous avons en Occident, à travers les tendances que l’on a pu observer à Hong-Kong, à Taiwan et, plus récemment, en Chine populaire. 


1. Scott McCloud (trad. Dominique Petitfaux), L'Art invisible, Vertige Graphic, 1999, p.17

Par nico-wong
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Jeudi 6 septembre 2007 4 06 /09 /2007 17:54

Je viens de me procurer Savior (救世主), le dernier album de Benjamin. La première des deux histoires courtes qu'il contient raconte le passage d'un ange sur Terre qui, envoyé en mission parmi les mortels, atterrit violemment dans une mégalopole peu accueillante en prenant les traits d'un jeune homme qui ne sait plus qui il est. Visiblement perdu et mal à l'aise dans cette cité dystopique inspirée de la Chine contemporaine, il part, accompagnée d'une guitare qu'il ne quitte jamais, à la recherche de son destin et de la mission qui l'a amené dans ce monde.

Sorti en Chine en mai dernier, une édition française, mieux paufinée, ne devrait pas tarder à paraître aux éditions Xiaopan. En effet, la version chinoise aurait été "bâclée", sa sortie européenne n'en est donc que d'autant plus attendue. Par ailleurs, une expo consacrée à Benjamin se tiendra à la Galerie Arludik (12-14, rue Saint-Louis en l'Ile à Paris) du 22 octobre au 9 décembre 2007. À noter (et à ne pas oublier ;).

Par nico-wong
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Mardi 11 juillet 2006 2 11 /07 /2006 20:11
Mon auteur de manhua (漫画 - BD chinoise) préféré, Benjamin, était en France la semaine dernière. Il vient en effet d'être édité dans l'Hexagone et son premier album, Remember, est sorti en mars dernier dans les librairies. Je suis allé à une de ses séances de dédicaces à la Japan Expo 2006 et j'ai été étonné par le succès que rencontre la BD chinoise en France.  Xiaopan, une maison d'édition spécialisée dans le créneau, semble donc avoir trouvé le bon filon. Et tant mieux puisque la BD made in China est resté trop longtemps méconnu, éclipsé par le manga japonais et le manhwa coréen. Ça me fait d'autant plus plaisir que Benjamin est présenté comme le chef de file de la nouvelle génération de manhuajias (漫画家 - auteurs de BD chinois).

J'ai bien attendu 2-3 heures avec quelques dizaines de fans enthousiastes avant de pouvoir le rencontrer mais ma patience a été récompensé d'un superbe dessin qui orne désormais la page de garde de mon exemplaire de One Day. J'ai pu discuter rapidement avec lui et il m'a laissé le souvenir de quelqu'un de modeste et d'ouvert d'esprit. Bref, le voir signer des dédicaces à la chaîne à Paris me paraissait totalement inconcevable il y a encore deux ans et je ne peux que me féliciter de sa popularité grandissante aurès du public français.

Benjamin est un artiste que j'ai découvert à Pékin il y a maintenant deux ans. J'étais allé, par curiosité, à un festival de BD et d'animation où étaient exposés des artistes du monde entier. Les chinois, qu'ils soient de Taiwan, de Hong Kong ou du continent, étaient évidemment à l'honneur et les illustrations signées par un certain Benjamin ont tout particulièrement retenu mon attention. J'avais immédiatement été conquis par son style et par l'atmosphère qui se dégage de ses dessins. Et quel plaisir de le voir traduit en français !

 


Par nico-wong
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